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"Chimie & Beauté"

 

"[...] Chez maintes sociétés Papoues des hauts plateaux de l’intérieur le noir n'est pas la couleur du deuil, on utilise plutôt le blanc pour signifier la douleur et l'affliction conséquents à la mort d'un parent ou d'un proche.

 

On s'étale de la boue sur le corps, on se badigeonne le visage avec un mélange de terres claires et d'eau, ce qui donne à la personne qui porte du deuil l'apparence d'un mort, car chez nombre de sociétés Papoues les esprits des revenants sont blancs, leur peau a une lueur pâle, opposée à la peau noire des vivants. A la fin des années 1930, ce fût à cause de ces représentations que lors des premiers contacts avec plusieurs tribus de l'intérieur de la Nouvelle Guinée, les Papous crurent voir dans les premiers blancs les âmes de leurs ancêtres morts, de revenants. 

Si l'on veut utiliser une approche fonctionnaliste, on pourra remarquer qu'il s'agit là d'un choix obligé pour signifier la couleur la plus opposée à la couleur de la vie, le marquage corporel extrême, le plus visible. 
Le blanc est la couleur de la mort donc, mais chaque décès implique une régénération, chaque fin n'est que le début d'une nouvelle existence dans le renouvellement d'un cycle où la vie ne peut exister sans son double et opposé.

 

  C'est pour cela que, chez les Oksapmin, on plante une racine blanche de gingembre sacré, au-dessous des plates-formes mortuaires. Cette racine, qui servira comme amulette pour éloigner les esprits, doit être arrosée du jus de décomposition du cadavre. De surcroît, on place, au-dessus de la jeune pousse, le crâne d'un oiseau blanc appelé hopet. 

Cet oiseau est associé à la mort et à l'au-delà. Il chante pour annoncer aux humains le décès d'un proche, l'arrivé d'un esprit, l'approche du gibier pendant les sorties de chasse. Le gingembre doit pousser et sortir du bec ouvert de ce crâne d'oiseau. Quand il a terminé sa croissance on l'emporte et on le plante dans des enclos sacrés, à côté des maisons. On le sortira seulement pour annoncer et dérouter l'approche des mauvais esprits. 

Le blanc végétal et le blanc animal ont là la même fonction de psychopompe : ils sont les médiateurs entre l'au-delà et le monde des humains, de ces humaines morts dont ils se nourrissent en étant placés au-dessous des sépultures aériennes. Il faut donc qu'il y ait la mort pour garantir la vie des humains et dans ce sens les esprits des morts sont des esprits tutélaires des vivants. 
Car si les substances des trépassés nourrissent la vie végétale qui servira à la vie humaine à combattre les esprits des morts, et donc à rester en vie, les parties solides et blanches du cadavre, les os, sont aussi récupérées et gardées par les vivants pour servir dans nombre de rituels. 
Les Oksapmin les utilisent spécialement dans la magie des jardins, quand on plante les tiges dans un nouveau jardin de taro, tubercule qui est la base de l'alimentation en plusieurs tribus de Papouasie, ou dans des rituels thaumaturges, quand on frotte un fémur ou un autre os d'ancêtre sur la partie du corps à soigner. 
En fait, chez les oksapmin, les os, blancs, sont porteurs de vie car ils sont produits par la substance masculine, blanche, qui contribue à engendrer la vie : le sperme.
"

 

Source : ©CNRS -

Lorenzo Brutti / CNRS
Laboratoire "Support de la future unité
de recherche du musée du quai Branly"

 

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